Langues Etrangères - Extraits

Henri Lechaut-Gavagai

LANGUES ÉTRANGÈRES


roman


Les personnages, situations et circonstances de ce roman sont entièrement fictifs.

Tout ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

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© Copyright Henri Lechaut-Gavagai 2009

collection iris éros diffusion la Gazette 89 éditions

ISBN 978-2-916600-12-3


Frédérique et Caroline étaient de grandes amies en fac. La vie les a fait prendre de la distance. Elles se revoient à Paris, chez Frédérique, Carolina ayant enfin réussi à faire escale en retournant chez elle, en Suisse.


(...)

Chapitre 2

(...)

– Tu as passé la nuit dans l’avion ? »

Elle répond d’un signe de tête. Assise sur le divan, elle a fermé brièvement ses beaux yeux, j’ai l’impression que quelqu’un vient d’éteindre la lumière.

Je m’approche.

« Tu veux prendre une douche ? Installe-toi, détend-toi. Tu as faim ? Tu veux que je te prépare un petit casse-croûte ? »

Les mots se bousculent dans ma bouche, elle rit gentiment :

« Frédérique ! Ça fait trop de questions à la fois ! Tu es terrible ! Laisse-moi le temps de reprendre mon souffle. Avec le décalage horaire, j’ai vraiment l’impression de marcher à côté de mes pompes.

– Allez, va prendre une bonne douche pendant que je te prépare un petit-déjeuner. Vas-y, fais comme chez toi. Tiens, voilà deux serviettes propres. »

Je la laisse se diriger vers la salle de bain et je vais dans la cuisine mettre en route la machine à café. Je suis excitée comme une puce et, en même temps, je me sens pleine d’une joie tranquille en l’entendant s’activer dans la salle de bain.

De sentir à nouveau sa présence dans mon appartement me donne l’impression d’être à la maison, d’être enfin « chez moi ». Je suis bien.

Sous la douche, Carolina chantonne un air inconnu. Je ne comprends pas ce qu’elle dit, c’est de l’espagnol. Je l’écoute en souriant. J’ai toujours résisté à l’envie d’apprendre cette langue, toujours voulu qu’elle me reste étrangère pour qu’ainsi le plaisir sensuel que fait naître en moi sa voix chaude ne soit jamais gâché par ma raison raisonneuse, que le sens de ses mots reste tout entier dans sa pure présence, sans rien y ajouter.

L’odeur du pain que je fais griller se répand dans l’appartement, bonne odeur d’un dimanche heureux. Je nous prépare un plateau avec des œufs brouillés, des céréales, des fruits sur une coupelle, un yaourt et je décore le plateau avec un minuscule bouquet artificiel de myosotis en papier. Je pose le tout sur la table du salon. Je regarde vers la salle de bain. Je m’approche de la porte.

« Je peux entrer ?

– Oui, bien sûr ! Tu ne posais pas la question, avant ! »

Elle a raison. Mais les choses ont changé, depuis cinq ans. Cinq ans sans cette intimité…

La salle de bain est pleine de vapeur. J’entre au moment où Caro sors de la douche. Je suis saisie d’admiration.

« Superbe ! Tu es superbe ! Toujours aussi superbe… »

Ce n’est pas un simple compliment : c’est une Ève méditerranéenne qui m’apparaît. Son visage dégagé, son cou élégant, sa poitrine de rêve, tout est exactement proportionné comme sur une sculpture antique. Une peau sans aucune imperfection, une féminité incroyable. Debout devant moi, elle ramasse ses cheveux mouillés qui tombaient sur ses épaules.

Mon regard glisse discrètement vers le bas. Son pubis est marqué d’un minuscule triangle sombre. Je saisis une serviette, la noue autour de sa taille. Je me serre tendrement contre elle.

« Je suis tellement heureuse de te revoir. On n’aurait jamais du attendre si longtemps !

– C’est vrai. C’est idiot de se perdre de vue comme ça, alors qu’on s’est toujours si bien entendues. »

Elle passe affectueusement son bras sur mon épaule et me tourne vers le miroir pour me regarder dans les yeux. Nous restons un instant silencieuses. Nous nous sourions mutuellement dans la glace, moi habillée, elle à moitié nue.

Je murmure :

« C’est vraiment super que tu sois là. »

Elle ne répond pas, accentue son sourire, ne me quitte pas des yeux.

Je ne me lasse pas non plus de la regarder. Je suis fière d’elle. Je suis fière d’être son amie.

Elle sait depuis toujours mon admiration. Elle l’accepte avec simplicité, avec seulement un peu d’amusement attendri dans ses yeux profonds. Contrairement à tant d’autres filles qui trimbalent une « amie » moins généreusement dotée par la nature pour leur servir de faire-valoir, elle n’a jamais profité de sa beauté pour m’humilier ou me manipuler.

« Regarde, me dit-elle, regarde les deux malfaiteurs ! Ça ne te rappelle rien ?

– Ça me rappelle plus de choses encore que tu ne l’imagines. »

J’ajoute, soudain sérieuse :

« Tu sais, ces années où on a vécu ensemble, rue Corvisart, je me dis souvent qu’elles resteront les meilleures que j’aie jamais vécues.

– Arrête ! Ta vie ne fait que commencer ! Tu ne peux pas dire ça ! »

Elle farfouille dans mes cheveux, en un geste protecteur. Soudain, elle se penche et me place un gros bisou qui fait « clac » sur ma joue.

L’émotion de l’avoir si près de moi me noue la gorge. Je me secoue.

« Allez, viens ! On va prendre un brunch. Il est bientôt midi et je meure de faim. »

Nous nous installons sur le canapé devant le plateau chargé de bonnes choses. Caro a enfilé mon peignoir de bain, un peignoir bleu qui contraste merveilleusement avec sa peau méditerranéenne.

Elle sent bon le propre, n’a pas encore mis de parfum et je sens sa douce chaleur auprès de moi.

C’est comme si nous nous étions quittées la veille, comme si nous reprenions une conversation interrompue pendant quelques minutes. Et pourtant nous avons tellement de choses à nous raconter…

Un fou rire me vient sans raison. Caro a les yeux qui pétillent. Elle ne me demande pas pourquoi je ris, elle doit le sentir. Il me semble que quelque chose se dénoue dans mon cœur. Ma joie de la retrouver me surprend moi-même. Je ne savais même pas qu’elle me manquait autant.

Une fois passés les « Tu te souviens quand Unetelle… » et les « et Untel ? Tu as de ses nouvelles ? » notre conversation se calme peu à peu. Un doux silence s’installe entre nous.

Nous restons silencieuses, mais ce silence est tout sauf vide. Il semble que ce soit seulement maintenant que nous puissions commencer à nous parler vraiment. Le moment est émouvant, presque éprouvant.

« Et alors, lui dis-je enfin, c’est comment le mariage ? »

Elle rit.

« Tu sais, ça a vraiment été une surprise pour moi, je ne prévoyais pas de me marier aussi vite. Et puis Alain m’a un peu bousculée… Et j’ai beaucoup aimé qu’il me bouscule !

– Bousculée ! bousculée ! »

Je ris et la secoue par l’épaule, puis la chatouille.

« Alors comme ça tu aimes te faire bousculer ! Coquine ! Raconte, raconte encore ! Non, vraiment… Bousculée ? »

Elle a les larmes aux yeux de trop rire sous mes chatouilles.

« Oui, il a une manière de me… bousculer qui est très agréable !

– Ah oui ? Tu as découvert des choses ?

– Euh, oui, j’ai même découvert pas mal de choses…

répond-elle soudain plus sérieuse, presque rêveuse.

– Allez… dis-moi un peu !

– Tu sais, il est plus âgé que moi…

– Ça je sais, et alors ?

– Et alors... je crois que je lui fais de l’effet ! » s’esclaffe-t-elle.

Je recommence à la chatouiller :

« Et quel effet ? Allez, vilaine cachottière, raconte tout, avoue ! Tu lui fais plus d’effet encore qu’à Sébastien ? Hein ? Tu te souviens de Sébastien et de l’effet que tu lui faisais ? Et moi qui ne pouvait pas dormir, à coté, à cause de vos hurlements ! »

(...)


Chapitre 9

Frédérique et Caroline se revoient à Genève. Elles partent en croisière sur le lac avec Alain, le mari de Carolina, qui possède un voilier. Les deux femmes se dorent au soleil, en nu intégral. Jusqu'au moment où...

(...)

« Je meurs de soif ! Tu veux boire quelque chose ? Ne bouge pas, je te rapporte un verre bien frais. »

Toujours nue, Carolina se glisse souplement sous les haubans comme un joli petit pirate et disparaît dans le cockpit. J’entends des rires, la voix d’Alain. Je ne comprends pas ce qu’il dit. Ses paroles sont étouffées par la vitre, leur écho emporté par le vent.

J’ai soif moi aussi et j’attends avec impatience la boisson que Caro m’a promise. Elle tarde à revenir. Mais qu’est-ce qu’elle fiche ? Je n’entends plus son rire, ni leurs voix. Tout est silencieux, juste quelques rires étouffés. Le bateau ne bouge plus. Sûrement qu’Alain est en train de caresser sa jolie femme nue et offerte. Et tout ça à moins de deux mètres de moi… J’en ai la gorge sèche rien que d’y penser, moi qui était déjà morte de soif ! Me relevant sur les genoux, je regarde par dessus le parasol, vers le cockpit, mais je ne vois rien, Alain semble avoir abandonné la barre et les voiles sont toutes baissées. Intriguée, je m’approche à quatre pattes du hublot de la cabine. Je jette un coup d’œil rapide et découvre Caro agenouillée devant Alain.

J’ai un mouvement instinctif de recul. Caro est en train de le sucer. Je suis sûre que cette fichue cochonne se doutait bien que, ne la voyant pas revenir, je viendrais voir ce qui se passe. Cette découverte me bouleverse au point de m’amener les larmes aux yeux. Tremblante, je m’allonge sur le ventre, la tête contre la vitre qui est presque au ras du pont. Je respire aussi fort que si j’avais couru un cent mètres. Je m’avance à nouveau prudemment pour mieux voir. Alain se tient d’une main à une étagère et caresse les cheveux de Caro qui le suce consciencieusement, les yeux fermés pour mieux se concentrer. Je suis fascinée. Ma chérie a la bouche remplie par la queue dressée de son mari. Alain a une très jolie bite, de belles proportions, assez grosse pour faire mon bonheur en tout cas. Il est épilé, j’adore les hommes épilés, j’imagine que c’est Carolina qui l’épile elle-même, que c’est elle qui joue à la petite coiffeuse. J’aime cette idée.

Immobile contre la fenêtre, allongée sur le ventre, je reste captivée par le spectacle. Caro frotte son visage tout du long sur cette superbe queue gonflée de désir, glisse son nez entre les cuisses d’Alain et sa langue que je sais si douce vient lécher ses couilles, remonter le long du sexe, lécher encore furieusement cette belle colonne de chair virile, remonter jusqu’au gland qu’elle déguste d’abord à petits coups de langue puis qu’elle se met à téter en arrondissant sa bouche pour l’avaler. Elle le pompe éperdument. Parfois elle l’avale complètement et je la vois s’enfoncer profondément dans sa gorge. Pour reprendre sa respiration, elle laisse échapper l’objet de son adoration qui dodeline devant son visage, luisant de salive. De sa main droite elle commence à se branler tout en se caressant la poitrine d’un geste nerveux. Alain saisit sa bite dans une main et l’imite. Caro se recule et s’accroupit, adossée à la paroi de la cabine, elle regarde Alain et lui sourit en continuant à se caresser devant lui. Ses doigts s’enfoncent entre ses cuisses largement écartées. La tête baissée, les yeux miclos, elle semble se concentrer pour chercher son plaisir. J’ai soudain un besoin irrépressible de me satisfaire moi aussi. Ma main se glisse sous mon ventre, vers mon sexe. Je suis trempée, mes doigts s’enfoncent dans ma fente ruisselante et bouillante, mon bassin accompagne ma branlette d’un mouvement de balancier. Nous sommes tous les trois concentrés sur notre plaisir. J’entends les gémissements de Caro au travers de la paroi de la cabine, ces gémissements que je connais si bien, ceux qu’elle pousse lorsqu’elle va jouir.

Une fraction de seconde, au travers de la petite vitre, je croise son regard perdu, noyé dans le plaisir qui monte. Ma chérie, tu savais que j’étais là à te regarder ! Je t’aime ! Je sais qu’elle a compris que je me branle, moi aussi. Ce regard échangé me fait l’effet d’un coup de fouet et une seconde plus tard, je laisse échapper un cri étranglé. Tout explose en moi, mon ventre, ma tête. Je jouis comme une bête, nue, à plat ventre sur le pont, je bave tellement c’est bon. Dans un effort surhumain je me relève un peu, juste à temps pour voir le joli corps bronzé de Caro agité de soubresauts obscènes, comme disloqué par le plaisir. En me laissant retomber épuisée sur le pont, je pense : « On est vraiment salopes toutes les deux !»

(...)