Séductions - Extraits

CETTE LECTURE EST RESERVEE AUX ADULTES


Eurydice Jenkins

SÉDUCTIONS

roman

collection iris éros diffusion la gazette 89 éditions

Les personnages, situations et circonstances de ce roman sont entièrement fictifs.

Tout ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, matériel ou virtuel, mécanique ou numérique sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant-cause ou ayant-droits est illicite et constitue une contrefaçon aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. Reproduction interdite pour tous pays et par tous moyens.

© Copyright Eurydice Jenkins 2009

collection iris éros

diffusion la Gazette 89 éditions

ISBN 978-2-916600-13-0

(...)

Chapitre 2

(Nadine est invitée à voir les tableaux peints par un couple de connaissances. Ceux-ci, Roger et Emilie, ont un comportement un peu étrange, que Nadine ne comprend pas tout de suite...)

(...)

Comme toute personne peu habituée à écouter honnêtement ses envies et ses pulsions, mais encline à obéir aux schémas mécaniques de comportement et rapports sociaux imposés par une éducation restrictive, elle se demandait encore si ce qu’elle trouvait provocant dans le comportement du couple n’était pas le fruit d’une confusion de son esprit avec ses désirs inavoués parce qu’inavouables. Le couple essayait-il de la séduire, ou était-ce elle qui, ressentant un besoin sexuel impérieux, souhaitait comprendre ce message dans leur comportement peut-être parfaitement normal ? Leur manière d’être, même en société, n’était-elle pas simplement la marque caractéristique d’une relation de couple ouverte, moderne et non soumises aux conventions ? Ne souffrirait-elle pas, elle la petite provinciale, un rejet cruel de leur part au cas où elle prendrait ces manifestations ouvertes de sensualité pour une invite ? Elle imaginait sans peine ce que pourrait être une réaction négative de Roger et d’Émilie si elle assumait soudainement l’excitation diffuse que la situation trouble engendrait en elle. « Et s’ils riaient de moi ? Peut-être n’ont-ils aucune intention… D’ailleurs, avec lui, ça ne serait pas comme avec Patrick, mais bref, cela pourrait être bien… mais en présence d’une femme… non, je n’y arriverais jamais… » Ses pensées s’entrechoquaient et, quelque part dans son esprit, se déroulait un violent conflit entre cette ambiance subtilement sensuelle dans ce luxueux logement bourgeois, et la honte de se sentir presque excitée par le comportement provocant d’une femme…

Elle pressentait que cette situation, si ses soupçons étaient confirmés, pourrait la mener à une expérience d’une dimension sans aucune commune mesure avec ses petites habitudes. Elle ne pouvait même appréhender ce que serait la nuit, n’ayant aucune autre référence du sujet que quelques lectures ou quelques films vus à la télévision. Elle n’avait jamais imaginé être un jour séduite par une femme pour lui faire partager le lit du mari… « Et pourtant, se dit Nadine, c’est bien ce qui semble être en train de se produire… Ce n’est pas un film… Dois-je y croire ? Je ne le dois probablement pas, mais j’en ai presque envie. »

Elle ressentait enfin une peur diffuse face à ce continent sombre de sa personnalité, cette attirance pour une situation non conforme à ses habitudes et ses principes… Serait-ce une perversion que d’imaginer, même un court instant, ce que serait la suite si elle acceptait ce qu’elle ressentait comme une invitation ? Jusqu’alors, une nuit « de sexe et de plaisir » s’était toujours résumée pour elle à une fuite deux fois l’an de sa petite vie de famille, à une rencontre avec un homme qui, pendant les deux ou trois heures suivantes la posséderait et la ferait jouir avec compétence. Ou parfois, désillusion suprême, la décevrait d’un rapide coup de rein de lapin trop pressé…

(...)

Considérant apparemment qu’il leur fallait faire un pas de plus et décider enfin Nadine à prendre un parti, Émilie déboutonna de ses ongles rouges la chemise de son mari, laissant glisser ses doigts entre les poils sombres qui parsemaient abondamment sa poitrine et se dirigea vers le mamelon gauche qu’elle effleura de l’ongle. Un grondement monta de la gorge de l’homme, grondement qui se termina en rugissement lorsque, d’un geste décidé tout en regardant Nadine droit dans les yeux, Émilie, un air de défi sur le visage, pinça entre ses doigts le téton qui, bien que masculin, n’en était pas moins tendre.

Nadine, sur l’instant, cru que le cri était de douleur mais elle se rendit compte immédiatement de son erreur. La tête renversée sur le dossier du fauteuil, les yeux révulsés, la bouche entrouverte, Roger haletait, fou de désir.

Les yeux toujours fixés dans ceux de Nadine, Émilie, à tâtons, chercha le deuxième mamelon et se mit à en torturer la pointe. Puis elle s’interrompit, se leva et, lissant sa jupe d’un geste étudié, se dirigea vers le bar tout en lançant à Nadine :

« Vous croyez-vous capable de réussir à en faire autant ? »

Nadine reporta ses yeux sur l’homme écartelé dans son fauteuil, jambes écartées, une énorme bosse déformant le devant de son pantalon. Elle ne voulait même pas comprendre la question qui lui était posée.

Après s’être resservie, Émilie passa derrière le fauteuil. Posant son verre sur une table à proximité, elle enlaça les épaules de son mari, laissant de nouveau ses doigts courir sur son torse mais revenant toujours finir leur course sur les seins qu’elle excitait alors de la pointe des ongles, arrachant gémissement de plaisir et suppliques.

« À force de lui travailler les tétons, je les ai rendus aussi sensibles que les miens, déclara-t-elle avec un sourire. Dans l’état où il se trouve, il ferait n’importe quoi. Pas vrai, mon chéri ?

– Oui, oui, râla-t-il. Tout, tout ce que tu veux.

– Caresse-toi devant nous ! »

D’un geste rapide, il descendit la fermeture de son pantalon, sortit son mât bandé et se mit à le faire coulisser dans sa main fermée.

« Pas longtemps, je ne vais pas tenir de vous voir toutes les deux regarder…

– Silence ! répondit Émilie. Tu ne t’arrêteras que lorsque je le dirai. Et si tu te répands maintenant, ça sera tant pis pour toi… »

Elle fit le tour du fauteuil, se plaçant derrière lui, et surveilla de près son travail. Pas question qu’il ne fasse semblant et retarde ainsi l’inévitable. Lentement, elle approcha ses doigts du mât érigé et passa l’ongle de son index sur la fente où perlait une goutte translucide. L’homme gémit de nouveau.

Emilia lança à Nadine un regard de défi. Le sens en était clair : « Vois-tu ce que je fais de lui ? »

Nadine observait la scène, toujours bloquée dos à la fenêtre, figée par son indécision et par la surprise.

L’ongle revint faire un tour sur le sexe, se posa de nouveau sur l’un des tétons puis interrompit sa promenade. Se dirigeant vers Nadine, plongeant ses yeux dans les siens, Émilie lança à son mari :

« Allez, rhabille-toi et raccompagne chez elle Madame la prude. Il semble qu’elle n’ait pas compris le sens de notre invitation. »

Nadine fut simultanément rassurée et déçue par les mots durs. Rassurée parce qu’elle échappait à une situation inconfortable, déçue parce que, quelque part, elle aurait souhaité voir le jeu évoluer… et un peu honteuse, aussi, de subir le mépris que montrait le visage d’Émilie. Ainsi, elle passait pour une oie blanche…

Roger s’était relevé d’un bond après l’invective lancée par Émilie et s’en était vivement rapproché. Elle, qui lui tournait le dos, faisait face à Nadine. La claque sur ses fesses, à toute volée, prit Émilie au dépourvu. Malgré l’érection énorme qui dépassait de son pantalon, Roger semblait pris d’un profond courroux.

« Tu offenses notre invitée. Que va-t-elle penser de nous ?

– Qu’elle pense ce qu’elle veut, j’ai horreur que l’on refuse mes invitations. Pense-t-elle être trop bonne pour nous ?

– Tu dépasses les limites. Elle a parfaitement le droit de ne pas être intéressée par une partouze à trois !

– C’est cela, qu’elle aille se caresser comme une collégienne, si elle ne sait pas baiser comme une vraie femme !

– Tu mérites une correction… gronda Roger, menaçant.

– Essaie, si tu es un homme ! » répliqua sa femme, fièrement.

Lentement, sans quitter Émilie du regard, Roger défit la sa ceinture et commença à la faire glisser hors des passants. Puis, prenant la boucle au creux de sa main, il enroula une partie de la lanière autour de son poing.

(...)


Chapitre 6

Le lendemain, Nadine tomba dans les bras de son mari Daniel qui l’accueillait à la gare. Il en fut agréablement surpris. Depuis quelques années, leurs manifestations réciproques de tendresse n’étaient plus aussi démonstratives que naguère. Après le dîner, les enfants mis au lit, elle se blottit contre la poitrine de Daniel, dans le grand fauteuil face à la télévision. Il passa son bras sur ses épaules, la serra contre lui et ne posa aucune question, attendant qu’elle parle si elle en ressentait le besoin. Elle ne disait rien, se satisfaisant de son seul contact. Lorsqu’ils furent au lit, elle rechercha sa chaleur en le serrant entre ses bras, couvrant son corps de sa jambe. Couché sur le dos, il lui caressait les cheveux.

« Y a-t-il quelque chose que tu veuilles me raconter ? demanda-t-il doucement. Il s’est passé quelque chose à Paris ? »

Elle remua légèrement la tête.

« Tu as des problèmes ? lui demanda-t-il

– Mais non. Juste que tu m’as manqué, j’aurais aimé que tu sois là…

– Alors la prochaine fois, nous irons ensemble…

– D’accord. D’ailleurs, pas besoin d’attendre. Pourquoi ne prendrions-nous pas quelques jours de vacances, en laissant les filles chez ta mère ? »

Daniel réfléchit avant de répondre.

« Pourquoi pas ? C’est une bonne idée… Mais il va falloir me dire ce qui se passe…

– Mais rien, voyons… Est-ce que je ne sentirais pas quelque chose bouger, là sous ma cuisse ? fit-elle pour changer de sujet. Tiens donc… Laisse moi regarder de plus près. Eh oui, ça bouge ! »

Tout en parlant, elle avait retiré sa jambe et porté sa main sur l’objet du délit. Elle caressa le sexe au travers du pyjama, le faisant gonfler et grandir. Elle descendit sous la couverture, mordilla la chair au travers du tissu, puis défit la ceinture du pyjama, libérant le mât qui commençait à vibrer. Elle posa un petit bisou sur la pointe du gland puis y passa la langue. Le goût de son homme, un goût si caractéristique qu’elle le reconnaîtrait les yeux fermés entre nombre d’autres, l’émut aux larmes. Ses lèvres s’entrouvrirent et tétèrent légèrement la seule moitié supérieure du gland. De la langue, elle passait et repassait sur la fente en une caresse qui, elle le savait, avait toujours rendu Daniel fou de désir depuis le tout début de leurs relations. Elle sentit la réaction du corps qui se tendait et l’accélération de sa respiration. La main masculine vint se poser sur sa tête et de nouveau les larmes d’émotion pointèrent à ses yeux. En effet, malgré le plaisir démesuré qu’il ressentait à jouir dans sa bouche, il n’insistait jamais pour qu’elle lui concède cette caresse, sachant qu’elle n’appréciait que très peu de recevoir son sperme et de l’avaler. Il avait donc pris l’habitude de la laisser aller presque jusqu’au point de non-retour, pour, d’un geste délicat, lui signaler l’approche du plaisir. Elle libérait alors le sexe gonflé et lui faisait dégorger son jus en massant de la langue l’extérieur du gland ou la jonction de celui-ci avec le mât. Parfois même elle le vidait en le caressant de la main, ainsi qu’elle le faisait souvent pendant leurs études lorsqu’ils ne disposaient que de quelques secondes d’intimité le long d’une clôture ou derrière un mur.

Elle accéléra ses mouvements de bouche, tétant le gland, essayant de pénétrer la fente de la pointe de sa langue, faisant tourner celle-ci autour du membre, plaçant délicatement ses dents au niveau de la collerette. Elle faisait glisser ses lèvres tout au long de la hampe ou du moins aussi loin que sa bouche lui permettait d’avaler le membre. Elle désirait aujourd’hui donner à cet homme tout le plaisir dont elle était capable. Elle le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir presque à la seconde près le temps qu’il serait capable de se retenir sous le travail de sa bouche. Elle savait également comment retarder le moment fatidique par des mouvements moins intenses et plus délicats.

Son esprit s’échappa de sous les couvertures pour repartir vers le luxueux appartement de Roger et Émilie la veille au soir. Après le viol auquel la femme avait voulu la soumettre pour asseoir son pouvoir, Nadine n’avait plus été capable de ressentir de l’excitation. Elle s’était levée, avait quitté le lit et s’était dirigée vers la salle de bain où elle avait pris une douche qu’elle avait fait durer longtemps, comme si elle avait ressenti le besoin de se laver de quelque chose de plus que de la seule semence déposée en elle par l’homme, des humeurs diverses d’Émilie sur son

visage ou de sa propre sueur. Lorsqu’elle revint dans la chambre, elle vit que le couple dormait dans un abandon presque animal de leurs corps vautrés sur le lit. Quelque chose la choquait dans cette vision, mais certainement pas leur nudité. La vue de leurs intimités non plus, quoique leur exposition, en l’absence d’ambiance érotique, soit maintenant presque triste. La question lui trotta quelques minutes dans la tête tandis qu’elle se dirigeait vers le salon, récupérait ses vêtements et les enfilait. Elle prit la porte dans la plus grande discrétion, prenant bien soin de ne pas la faire claquer, puis descendit par les escaliers comme si elle avait craint de se retrouver enfermée dans l’ascenseur ou avait voulu éviter de se revoir au même endroit, quelques heures plus tôt, serrée entre les deux membres du couple diabolique comme une tranche de jambon dans un sandwich. Elle se rendait maintenant bien compte qu’elle avait été manipulée depuis le début.

(...)

En sortant de l’immeuble, elle fut presque surprise du mouvement dans la rue malgré la nuit encore noire. Un coup d’œil à sa montre lui indiqua qu’il était presque six heures. Elle se dirigea vers la station de métro la plus proche, mais eut la chance de passer auparavant devant une brasserie déjà ouverte. L’odeur de café qui en sortait par la porte ouverte par un client lui parut irrésistible. Elle entra. Sur le comptoir, des croissants frais, chauds et dorés, débordaient de petits paniers d’osier. Elle commanda un double express et mordit la corne d’un croissant. Cette odeur si familière, si familiale lui serra soudain la gorge. Elle avait passé la nuit la plus sexuellement satisfaisante, à l’exception de la fin, de toutes ses escapades parisiennes mais, pour la première fois, elle ressentait quelque chose d’étrange. Elle ne se sentait pas coupable, mais triste, triste à mourir. Serait-ce une simple dépression post-orgasmique, l’animal est triste après l’amour et toutes ces choses ? Ou y aurait-il soudain un retour de flamme de ses anciens sentiments pour son mari ?

Lorsqu’une larme coula du coin de son œil sur sa joue, le barman décida qu’il était l’heure de frotter son comptoir en zinc pourtant impeccable juste autour de sa tasse. Il la regarda.

« Un problème, ma petite dame ?

– Mon mari me manque » lui répondit-elle sans réfléchir.

Il la regarda. Son visage entièrement démaquillé à grande eau montrait qu’elle n’arrivait pas d’un travail de nuit. Une femme qui sort ainsi de chez elle de bon matin ne peut être qu’une femme désespérée. Et si elle pleure en public…

« Il y a longtemps qu’il est parti ? »

Nadine ne comprit pas immédiatement le sens de la question.

Puis elle aperçut son visage dans le miroir, derrière le garçon, et compris le raisonnement qu’il avait suivi.

« Non, il n’est pas mort. Il ne m’a pas quittée non plus. Je dois le retrouver aujourd’hui. Du moins je l’espère » ajouta-t-elle avec un sourire triste qu’elle ne put elle-même s’expliquer.

(...)


Chapitre 9

(...)

(Emilie et Roger viennent relancer Nadine chez elle. Lucienne, employée de la librairie, perçoit un drame en cours et décide de s'en mêler.)

(...)
Un tour en ville et Lucienne avait trouvé leur voiture arrêtée sur la Grand-place, presque face à la librairie. Ils étaient attablés à la pizzeria voisine.

Lorsqu’elle y entra et s’installa à une table près de la fenêtre donnant sur la rue, ils l’aperçurent et échangèrent quelques mots entre eux. Quelques minutes plus tard, alors qu’elle sirotait un kir, les yeux dans le vague, l’homme s’approcha de sa table.

« Excusez-moi, je crois que nous nous sommes vus cet après-midi. Vous travaillez à la librairie, n’est-ce pas ? »

Elle lui sourit :

« Physionomiste ? C’est exact.

– On reconnaît facilement une jolie femme… Mais j’aimerais savoir si votre collègue va mieux. Je l’ai aperçue lorsqu’elle est arrivée chez notre comptable et qu’elle s’est évanouie.

– Elle a été transportée en clinique, elle est en observation.

– En clinique ? Mon Dieu, j’ignorais que c’était si grave… A-t-elle repris connaissance ? Y a-t-il une explication pour ce malaise ? »

Lucienne le regarda. « Quel ramassis de mensonges, pensa-t-elle. Ils ont vu l’ambulance, donc comment ignorer la gravité du malaise ? Mais ce salaud sait utiliser les mots. Dire « notre » comptable en parlant de Daniel implique une intimité encore inexistante. Me parler de « ma collègue » et non de «ma patronne» valorise ma position dans la boutique. Ce qui l’intéresse, c’est de savoir si elle a parlé d’eux…»

« Ces questions médicales sont si personnelles, je ne suis qu’une collaboratrice… » répondit-elle.

« Et toc, pensa-t-elle. Moi aussi, je sais jouer à ce jeu-là. Tu t’occupes de tes oignons, camarade… »

« Voulez-vous nous joindre à nous ? demanda encore l’homme. Je m’appelle Roger. »

Lucienne regarda vers la femme toujours assise quelques tables plus loin et qui lui sourit d’une façon assez neutre.

« Pourquoi pas ? Je déteste manger seule. »

Elle se leva et changea de table.

Le garçon vint placer devant elle son verre entamé et dressa un nouveau couvert.

« Ma femme Émilie…

– Mon nom est Lucienne » fit la libraire en tendant la main. Deux secondes plus tard, à la façon de prendre les doigts tendus et à l’intensité du regard échangé elle avait compris qu’Émilie et elle partageaient certains goûts particuliers.

Pendant que la conversation tournait comme de bien entendu autour des points communs de leurs professions liées aux livres, Lucienne se demandait quel était le secret de ces deux-là. Ils se méfiaient de quelque chose, elle en était sûre. « Ils ne sont pas idiots… Et si Nadine m’avait tout raconté ? Je serais alors ici pour obtenir des preuves. Ils doivent en conséquence me prouver tout simplement qu’elle délire. Ils ne bougeront pas un doigt, bien au contraire… Donc c’est à moi d’agir. »

Le couple s’étant assis face à face, elle avait le mari à sa gauche et la femme à sa droite. Sa jambe vint s’appuyer légèrement sur le genou de l’homme, qui ne réagit pas. Elle insista, il recula. Lorsqu’elle frotta délibérément sa jambe contre la sienne, il modifia sa position suffisamment pour qu’elle ne puisse plus l’atteindre.

Elle changea de stratégie. Sous la table, elle abandonna la sandale de son pied droit et, de l’orteil, caressa le mollet nu de la femme assise à sa droite. La salle de restaurant presque vide, les nappes assez longues lui permettaient d’effectuer ces mouvements sans presque aucun risque d’être vue.

Le coin de la bouche d’Émilie eut une petite crispation. Un air de surprise fit remonter son sourcil droit. « Qu’est-ce ? Quel contact étrange est donc celui-ci ? » paraissait dire son visage. « C’est cela, oui, comme si tu ne savais pas de quoi il s’agit, ma salope », lui répondit Lucienne par la pensée.

Elle insista, remonta son pied jusqu’à la partie arrière du genou d’Émilie. Celle-ci recula sur sa chaise, se mettant également hors d’atteinte, et lança :

« Il doit y avoir un chat sous la table, je sens quelque chose sur ma jambe…

– Oh pardon, c’était moi, j’ai perdu ma sandale et je la cherche. »

Lucienne pensa qu’il lui fallait trouver autre chose. Elle rechercha effectivement sa sandale, la trouva et y enfila le bout du pied. Par hasard, elle posa son talon sur les orteils d’Émilie au moment d’appuyer pour chausser à fond. Elle comprit ce qu’elle avait fait en voyant la crispation de douleur sur le visage de la femme. Elle allait se confondre en excuses lorsqu’elle remarqua que les yeux d’Émilie avaient basculé, que ses lèvres s’étaient écartées et qu’en vérité la femme avait ressenti un plaisir certain mêlé à la douleur, croyant que Lucienne avait ainsi voulu la punir d’avoir repoussé ses avances. Quelques secondes plus tard, la libraire sentit la jambe à la peau douce et parfaitement épilée de la Parisienne venir frotter la sienne. Baissant les yeux telle une rosière effarouchée, Émilie lui souffla :

« Oh, excusez-moi ».

Puis elle approcha de nouveau sa jambe et ne la décolla plus.

Le garçon s’avançait vers la table. Lucienne se rendit compte qu’il risquait d’apercevoir le manège. Elle laissa tomber sa serviette, se baissa et griffa vivement le mollet de sa voisine avec ses ongles. La jambe se retira, juste à temps.

Émilie aperçut alors le garçon.

« Merci » fit-elle à Lucienne d’une voix rauque.

« Merci pour quoi ? pensa celle-ci. Pour t’avoir prévenue, ou pour t’avoir dominée ? »

Puisque cela marchait… Lorsque le garçon s’en retourna vers la cuisine, Lucienne lança à Émilie un regard interrogatif non dépourvu d’autorité. « Et alors, qu’attends-tu ? » était le message sous-entendu, et immédiatement la brune ramena sa jambe au contact de celle de la libraire. En deux autres occasions Lucienne eut l’occasion d’exercer son pouvoir naissant sur Émilie. Elle saisit la main de la jeune femme qui pendait le long de la chaise et, discrètement, en caressa la paume de ses ongles. Plus tard, profitant que Roger s’était absenté et qu’aucun autre client ne pouvait la voir, elle croisa les bras et, abritée par ce paravent, fit très doucement glisser son index sur le sein d’Émilie, prenant soin d’appuyer fortement la pointe de son ongle sur le téton dressé lorsqu’elle passa dessus. La Parisienne frissonna sous le contact sans équivoque. Lucienne se pencha vers elle :

« Je te veux, ce soir, pour me servir. Débarrasse-toi de ton andouille.

– Inutile, il accepte et obéit à tout.

– Qu’il se tienne tranquille et ne m’approche pas et je te rendrai très heureuse. Tu me sembles une superbe salope, et on est en manque, dans la région…

– Et ta patronne ?

– Tu me dis vous… On ne confond pas les rôles, c’est clair ? »

Le poignet d’Émilie était enserré dans la main de Lucienne. Les doigts possédaient plus de force qu’il n’y paraissait. La Parisienne passa sa langue sur ses lèvres, acceptant la soumission.

(...)


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